Mariée en 1455 à Gilles Lancelot2094 dHaucourt, né vers 14182095, fils de Guillaume et de Mariette de Quesnoy2096, seigneur dHaucourt2097, Grigneuseville2098 et Quesnoy[-le-Montant]2099. Il est le bailli de Gisors de 1461 à 14662100, congédié parce quil a pris part en 1465 à la ligue du Bien public, révolte féodale menée contre Louis XI2101. Au temps de loccupation anglaise, ses biens sont donnés à Thomas Stanfeld et à John Melton, qui saccordent le 10 septembre 14352102, et sont encore aux mains du second en 14452103. Titulaire de la charge de verdier2104 de la forêt dArques2105 dans les années 1450, Lancelot sy fait représenter par un suppléant2106, tandis quil officie à la même époque comme lieutenant de Jean II dE.-Torcy (ch. 33) : il est le capitaine de 50 hommes darmes et 100 archers dans une revue du 18 août 14522107, et escuyer cappitaine soubz mon dit seigneur de Torcy, lui-même dit cappitaine de Caen, dans un rôle du 31 octobre 1455 portant sur lannée précédente2108. La tour Chastimoine des fortifications de la ville, en construction en 1456, se nomme dabord tour dHaucourt du nom de celui qui commande à Caen à cette époque2109. Cest probablement le sire de Torcy qui arrange le mariage avec sa cousine Louise. À partir de 1453, Lancelot est encore le capitaine de Lisieux2110, tout en exerçant la même fonction à Falaise durant les troubles de 14652111. Et Louise pendant ce temps ? Le 16 mai 1464, à Laval2112, Pierre Gardereau, un meurtrier, voit sa peine commuée du criminel au civil sur son intervention : Madamoiselle Louyse de Torteville, femme et espouse de noble homme Lancelot de Haucourt bally de Gisors, qui en faveur et pitie dudit Gardereau et aucuns de ses amis a fait requeste et supplicacion a monseigneur2113 de pardonner et remectre le cas criminel en cas civil oudit Gardereau, quel monseigneur a la requeste de ladite Louyse sa niepce a consenty ledit Gardereau estre delivre et mis hors ses prinsons et luy a pardonne et remis et fait cessier lexecucion2114.
Louise paraît bien débonnaire, mais la raison de son indulgence nest pas précisée... Elle est inhumée avec Lancelot à labbaye cistercienne de Beaubec-la-Rosière2115. La Collection Gaignières dOxford conserve une reproduction (c. 1696) de leur plate-tombe disparue, alors installée au milieu de la Chapelle de la Vierge. Ils reposent côte à côte, les yeux ouverts et les mains jointes en prière, la tête posée sur des coussins. Louise est vêtue dune longue robe et dun surcot unis, la tête couverte dun voile et dune guimpe, ce qui semble être un chapelet pendant de ses mains. Lépoux porte des jambières darmure et une tunique à larges rayures verticales sur une chemise à colerette. On ne distingue que la partie inférieure du foureau de son épée, invisible sous le vêtement. Apparente galanterie de Lancelot le bien nommé, liconographie usuelle est inversée : ses pieds reposent sur un chien fidèle et ceux de la dame sur un lion courageux. Les blasons sont présentés par les animaux, 3 pals2116 pour Lancelot, un parti pour Louise : au premier dHaucourt, au second un écartelé à 4 lions rampants, deux sur fond uni et deux brochant sur un fascé2117 Vendôme et Estouteville. Lépitaphe marginale supposément reproduite est étonnante : 
Ce texte paraît déformer le patronyme de Touteville de Louise en Pétronille, un prénom apocryphe puisquil napparaît pas ailleurs : à ma connaissance, Louise sappelle Louise dans tous les documents la nommant. Et quon ait pu, sur sa propre tombe, nommer la mère de la défunte sans paraître la nommer elle-même manque un peu de vraisemblance2119. Grigneuseville n'est jamais nommée Granvilliers au fil des siècles2120. Toujours selon le dessin, Louise et Lancelot seraient tous deux décédés en 1499, sans mois ni quantième, ce qui, quand on connaît limportance au Moyen Âge de la date de décès considéré comme la vraie naissance en tant que renaissance au royaume de Dieu , autorise aussi quelques doutes. (T. 2 à paraître)  2094. Dans une quittance scellée du 10 octobre 1466, le bailli de Gisors et écuyer décurie du roi se prénomme Lancelot, mais linscription du sceau dit Gilles. ISCT, n° 5858. Lécu supporté par un cygne et un homme sauvage dessine un blason à 3 pals. Les Mémoriaux de dom Lenoir confirment que Lancelot est le surnom de Gilles (notes suivantes). Gilles-Lancelot ne doit pas être confondu avec Gilles dHaucourt, échevin de Douai en 1485, dont le sceau présente un écu à la croix ancrée chargée en cur d'un écusson supporté par un homme sauvage et un lion (Germain DEMAY, Inventaire des sceaux de la Flandre, t. 1, Paris, 1873, n° 4352). 2095. 29 ans en mars 1446/7. MCCN-2, p. 59. Référence à lattribution à John Melton des terres de Gilles de Honcourt dit Lancelot. 2096. Ibid., id.. 2097. Seine-Maritime, a. Dieppe, c. Gournay-en-Bray. Sy trouve le hameau rattaché de Villedieu-la-Montagne, où Hugues dHaucourt fonda au XIIème siècle une commanderie de lordre des Hospitaliers, dont léglise subsiste. Le plein fief dHaucourt et Villedieu relève de Gaillefontaine (ci-après). 2098. Seine-Maritime, a. Dieppe, c. Neufchâtel-en-Bray. Présence dun château dHaucourt. 2099. Somme, a. Abbeville, c. Abbeville-Ouest. On retrouve Haucourt, Grigneuseville et Quesnoy en Vimeu dans le patrimoine de leur fille Jeanne, héritière de son frère Antoine, en 1519 (ci-après). 2100. GR-3, n° 13007. Louis PASSY (éd.), Le livre des métiers de Gisors au XVIème siècle, Pontoise, 1907, p. 17. Noble homme Lancellot, seigneur de Honcourt et de Greigneuseville, escuier descuirie [du roi], conseillier du Roy nostre sire, son bailly de Gisors et des anceans ressortz dudit bailliage. Ordonnance des bouchers de Gisors du 3 mars 1463/4. Gisors, Eure, a. les Andelys, chef-lieu de canton. 2101. Gareth L. PROSSER, After the Reduction, Re-structuring Norman Political Society and the Bien Public, 1450-65, thèse de doctorat en histoire à l'université de Londres, 1996, p. 165, 223-226, 379-381. 2102. Charles de BEAUREPAIRE, BSAN-27, 1909, p. 111. Tabellionage de Rouen. 2103. AD76, 100 J 21, n° 8. Comptes de la vicomté de Rouen. 2104. Officier des gardes-forestiers. 2105. Arques-la-Bataille, a. Dieppe, c. Dieppe-Est. 2106. En 1450, 1451, 1452, 1456, 1458 et 1459. PROSSER, ibid., p. 380. MCCN-8, p. 152-153, 229 ; MCCN-9, p. 19. Le 11 août 1458, Charles VII, considérant quétant lieutenant de la compagnie dordonnance du sire de Torcy, Lancelot ne peut remplir ses fonctions de verdier de la Haye dArques, lautorise pour un an à se faire remplacer par un commis. En juillet et novembre de la même année, Lucas Le Caron y supplée au nom de Gilles de Honcourt dit Lancelot. On se souvient que Jean II d'E.-Torcy est le capitaine d'Arques à cette époque. 2107. MCMC, n° 47. Titré seigneur de Honcourt et de Gregnieuseville. 2108. Henry COUSTANT dYANVILLE (éd.), Une monstre de 1454, BSAN-3, 1866, p. 495. Figurent aussi des parents : Jehan de Honcort, Pierre de Honcort, Jehan de Honcourt et un autre Lancelot de Haucourt, homme darmes. Un Lancelot, bastard de Haucourt, tient un huitième de fief à Bailly-la-Rivière (Seine-Maritime, a. Dieppe, c. Envermeu) en 1503 (RFBC, p. 14-15). 2109. Gervais de LA RUE, Essais historiques sur la ville de Caen, t. 2, Caen, 1820, p. 82, 288. BSAN-28, 1913, p. 314. 2110. Investi par lettres royales du 20 août, il le reste semble-t-il jusquen 1465, Lisieux alors aux mains des partisans du Bien public. Henri de FORMEVILLE, Histoire de lancien évêché-comté de Lisieux, t. 1, Lisieux, 1873, p. dlvij. 2111. PROSSER, op. cit., p. 226. Il nest officiellement que le lieutenant du capitaine de Falaise (GR-1, n° 4828). 2112. Préfecture de la Mayenne. 2113. Le bailli de Laval désigné dans le document. 2114. Isabelle MATHIEU, Les justices seigneuriales en Anjou et dans le Maine à la fin du Moyen Âge : institutions, acteurs et pratiques, thèse de doctorat en histoire médiévale à l'université d'Angers, 2009, p. 567. 2115. Seine-Maritime, a. Dieppe, c. Gournay-en-Bray. 2116. Blason confirmé par son sceau (note 2094). Une annotation au crayon qui semble dorigine indique or pallé sable. Une généalogie des Mailly (ci-après), successeurs des dHaucourt, donne les mêmes émaux. 2117. Curieusement, la copie de la BnF ne reproduit pas les deux fascés présents sur loriginal. Gallica, btv1b10529243h. 2118. Gaignières 8, f° 122. Base Collecta, n° 13067. 2119. Voir la note 953 du tome 1 concernant les réécritures Gaignières. 2120. DT76-1, p. 456-457. |