Orant de Philippe de Commynes († 1511)

 

Orant de Philippe de Commynes

Le chroniqueur du règne de Louis XI est élevé par Jeanne d'Estouteville,
fille de Guillaume d'E.-Torcy et Jeanne de Doudeauville, mariée à Jean
de Comines. Son frère Estout fait lui aussi un mariage bourguignon.
Fragments de la
chapelle des Commynes, anciennement aux Grands
Augustins de Paris. Musée du Louvre (inv. LP 47).

 
Seconde des deux filles nommées en 1427, elle est mariée à Jean II de la Clyte, seigneur de Comines1361, selon le contrat passé à Gand1362 le 4 juillet 1444 devant la duchesse de Bourgogne Isabelle de Portugal. Jeanne appartient à la suite de la duchesse (les cousins de sa mère sont des clients bourguignons1363) ; les sires de Comines servent les ducs depuis plusieurs générations. L’époux, fils de Jean Ier et de Jeanne de Ghistelles, veuf de Bonne de Fosseux, sera capitaine-général de Flandre et mourra en avril 1475. Jeanne est accompagnée de Jean Tronson, secrétaire du duc Philippe le Bon, à qui Guillaume a donné procuration à Paris le 15 juin précédent, comme l’a fait Jeanne de Doudeauville, le 25 juin, de ses terres picardes puisque l’acte est passé à Abbeville. La dot est fixée à 6000 francs, dont 500 seront payés par le duc et la duchesse, qui pourvoira elle-même à l’habillement de la mariée le jour des noces.
En 1454, le couple recueille leur cousin Philippe de Commynes, jeune orphelin âgé d’environ 8 ans. Son mari vaquant à ses occupations militaires, c’est Jeanne qui élève le futur chroniqueur et diplomate. Le 9 septembre 1455, ‘Madame de Commines’ est à Renescure
1364, fief du père décédé de son pupille, s’occupant de ses intérêts. Les échevins de Comines offrent du vin en 1445-1446 quand ses frères, Jean puis Robert, la visitent, et encore à deux reprises en 1458-1460, pour fêter son retour de Normandie où elle est allée retrouver sa famille. Selon Jean-Marie Duvosquel, les frères de Jeanne pourraient avoir une part de responsabilité dans la défection de Philippe de Commynes, au service de Charles de Téméraire, en faveur de Louis XI en août 1472. Ce qui expliquerait que le duc, lors de son intrusion en Normandie, se soit particulièrement acharné sur les terres des Estouteville (voir ch. 27). Dans une lettre au duc de Bretagne le 4 septembre 1472, le Téméraire se vante d’avoir ‘ards et brule tout le pays de Caux par maniere qu’il ne nuira de longtemps ny a vous ny a nous’1365.
Devenue dame d’honneur de Marie de Bourgogne, Jeanne meurt à Gand (où elle vivait) le 5 septembre 1476 et est inhumée au couvent des Cordeliers de Bruges :

Il y a au mitant du chœur une tombe élevée d'un pied de hault, dessus une dame accoustrée en sœur grise, taillée à demi bosse, avecq tel épitaphe : Cy gist Madame Jehenne de Toutteville, vefve de noble et puissant chevalier Jehan, seigneur de Comines, qui trespassa a Gand, dame d'honneur de tres excellente princesse Mademoiselle de Bourgogne, l'an de grace 1476, le v de septembre1366.

Elle n’a qu’une fille connue :

Jeanne de Comines.
Gouvernante des enfants de Marie de Bourgogne, elle est mariée à Jean, seigneur d’Halluin
1367, éphémère bailli de Flandre mort en 1473. Elle décède en 15121368.

(T. 2 à paraître)


1361. Nord, a. Lille, c. Lambersart. À cheval sur la frontière matérialisée par la rivière Lys, Comines est aujourd’hui divisé en deux communes, la plus importante en territoire belge.
1362. Belgique, Flandre-Orientale, chef-lieu d’arrondissement. Capitale de l’ancien comté de Flandre.
1363. Note 1325.
1364. Nord, a. Dunkerque, c. Hazebrouck.
1365. Jean-Marie DUVOSQUEL, Un mariage français à la cour de Bourgogne en 1444 : Jean de Comines et Jeanne d'Estouteville, futurs tuteurs de Philippe de Commynes, dans Les Pays-Bas bourguignons, histoire et institutions, mélanges André Uyttebrouck, Bruxelles, 1996, p. 237-257. Toutes les informations ci-dessus sont fournies par cet article, abondamment référencé. Isabelle de Portugal marie plusieurs de ses demoiselles d’honneur dans des conditions similaires. Gabriel de la Morandière confond cette Jeanne avec
sa nièce de même prénom, fille d’Estout (ch. 32b).
1366. Louis-Joseph MESSIAEN, Histoire... des seigneurs et de la ville de Comines, t. 1, Courtrai, 1892, p. 284. Épitaphe relevée au XVI
ème siècle. La tombe a disparu. Bruges, Belgique, chef-lieu de la Flandre-Orientale.
1367. Nord, a. Lille, c. Tourcoing-Nord. 10 km au nord-est de Comines.
1368. DUVOSQUEL, ibid., p. 245. Ce mariage réunit les terres d’Halluin et Comines dans la même famille.

 
 

Estout épouse vers 1444 Bonne d’Herbaumez, fille de Gérard, d’une branche cadette de la famille de Marquillies1397 richement possessionnée dans la région de Lille ; « à Bonne appartiennent la prévôté de Frelinghien, les seigneuries de Bois-Grenier près d’Armentières et de Salomé, les fiefs du Hues à Illies et de Pierbaix à Radinghem[-en-Weppes] »1398. Elle a d’abord été mariée, avant 1427, à l’âge de 8 ans, à Jean d’Uutkerque, le fils unique d’un conseiller du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Accusé de sodomie et exécuté en 1441, il dilapida la fortune de sa femme, qui estime ses pertes entre 30 000 et 40 000 livres parisis en 14421399. On se rappelle que Jeanne, la sœur d’Estout, a épousé en 1444 Jean de Comines (ch. 32). On peut supposer que leur mère Jeanne de Doudeauville et sa famille sont pareillement à l’origine de l’union bourguignonne et apparemment synchrone du frère. Estout nomme Bonne son exécutrice testamentaire en 1476 (ci-après). Selon l’historien de Beauvais Denis Simon, la châtelaine douairière de Beauvais ‘Bonne d’Erbamé’ fut inhumée dans le couvent des Jacobins de cette ville en 14921400.

(T. 2 à paraître)


1397. Nord, a. Lille, c. Annœullin. Les chroniqueurs nomment un Gérard de Herbaumes parmi les morts d’Azincourt.
1398. Tous ces lieux dans les cantons d’Annœullin et d’Armentières.
1399. Jean-Marie DUVOSQUEL, Un mariage français à la cour de Bourgogne en 1444 : Jean de Comines et Jeanne d'Estouteville, futurs tuteurs de Philippe de Commynes, dans Les Pays-Bas bourguignons, histoire et institutions, mélanges André Uyttebrouck, Bruxelles, 1996, p. 244. L’auteur a eu accès à la documentation réunie par Marc Boone pour son étude sur la famille d’Uutkerque (Une famille au service de l'État bourguignon naissant : Roland et Jean d'Uutkerke, nobles flamands dans l'entourage de Philippe le Bon, dans la Revue du Nord, t. 77, n° 310, avril-juin 1995, p. 233-255).
1400. Denis SIMON, Supplément à l'histoire du Beauvaisis, Paris, 1704, part. 2, p. 39. Il date de 1444 son mariage avec Estout, sans plus de précision. Marc Boone, qui ne sait pas que Bonne est remariée à un Estouteville, écrit qu’elle survit à son premier mari ‘jusqu’en 1444’ (p. 254) : sa trace se perd apparemment à cette date dans les archives touchant la famille d’Uutkerque.