Château de Villebon (XIVème-XVIIème s.)

 

Château de Villebon

Villebon, fief éponyme de la branche de Villebon. 2015.
Jean I
er fait construire le château vers 1391, Jean II la chapelle Sainte-Anne avant 1530.

 

On se rappelle que l’ancêtre de la branche de Villebon est traditionnellement confondu avec son frère plus âgé aussi prénommé Jean. L’aîné est régulièrement surnommé Jeannet en relation explicite avec ses fiefs de Lucy ou de Charlemesnil, notamment dans les actes royaux (ch. 30b). En revanche, lorsque Villebon est explicitement mentionné dans les documents contemporains, on ne trouve pas un seul cas où le tenant soit prénommé Jeannet.

Michelle de Montdoucet
Elle est la fille héritière de Jeanne de Villebon et de Robert le Borgne de Montdoucet, défenseur du pays chartrain en 1389 et 1392
1997, nommé premier écuyer de corps du roi par lettres du 27 août 13971998. Michelle hérite Villebon de sa mère avant 1391 (ci-après), puis Montdoucet de son père en 1399, avec la Gâtine1999, une terre que Robert a acquise 550 francs-or le 6 février 1387/8. Villebon relève de la dite Gâtine, qui relève de la baronnie du Chêne-Doré2000 ; Montdoucet est tenu de Nogent-le-Rotrou2001.

[Sceau]

Le château de Villebon
En 1391, durant la trève des Marmousets (1389-1392), le château de Villebon est en construction, dans un but manifestement militaire et défensif ; peut-être à la demande de Charles VI, mais il n’existe aucune preuve d’une commande royale
2005. Pour l’achever en tout cas, les revenus du couple propriétaire ne suffisent pas : le 31 mars 1393/4, décision de paiement à

Jean d'Estouteville, valet tranchant du roi, de la somme de 1000 francs, du don que lui a fait le roi par sa lettre du 22 novembre 1391, à prendre en une fois sur le Trésor, pour l'achèvement de sa maison de Villebon dans laquelle le roi a été hôte2006.

Il semble que les travaux aient débuté deux ans plus tôt :

Procès au Châtelet pour vol à Villebon, en août 1391, de onze tasses, douze cuillères et deux salières d'argent par un certain Bourdin, maître charpentier, complice de trois autres compagnons. Ils constituent ‘l'un des ateliers de charpenterie que l'on faisait et a fait au dit lieu de Villebon’, et ils avaient ‘ouvre en icelui lieu par l'espace de deux ans continuellement ou environ’2007.

La pierre faisant défaut en ces lieux, l’édifice est bâti tout de brique rouge modelée avec la terre argileuse locale. Il suit un plan quadrangulaire classique, ponctué de tours et muni d’une porte fortifiée défendue par deux tours en saillie. Réparé après un incendie survenu en 1462, il connaît quelques modifications aux siècles suivants (ch. 44-46) : notamment le percement de fenêtres, l’ajout d’un couronnement aux tours, de la plate-forme rectangulaire sur laquelle il semble être posé — les douves baignaient à l’origine directement les murs — et d’un perron d’agrément ouvrant l’aile sud sur le parc. Néanmoins, l’allure générale de l’édifice et les principaux éléments structurels datent de l’époque des Estouteville, du XIVème au milieu du XVIème siècle. Alors que nombre de plans d’eau des alentours, entre Eure et Loir, ont été transformés en terres cultivées à la Révolution, les vastes étangs de Villebon et de la Gâtine subsistent. Le château rose, superbement conservé, est toujours ceint de ses douves, et on relève encore tous les soirs le pont-levis à Villebon...

Conseiller aux Comptes
Le 7 janvier 1400/1, l’heure est à l’économie... Une ordonnance royale réduit le nombre des officiers de justice et de finances, mais stipule que Jean est maintenu à vie conseiller à la Chambre des comptes
2008. Une démonstration de plus de la faveur dont jouissent les frères de Torcy, fils d’un chevalier mort à la bataille de Poitiers. À l’automne 1402, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, ayant pris le pouvoir des mains de son neveu Louis d’Orléans, se rend en Bretagne, où la duchesse Jeanne de Navarre a le projet de convoler avec le roi Henri IV d’Angleterre : il faut ramener le jeune duc et la régence de Bretagne dans le giron français. Sur son parcours vers Nantes, le Hardi déjeune le 24 septembre à Villebon, comme le signalent ses comptes :

Disner a Villebon aux frais de messire Jehan d’Estouteville — souper et gister a Bonneval2009.

Jean est désormais écuyer de corps du souverain, comme Jeannet, et tous deux conseillers royaux. En 1400, livraison des houppelandes du 1er mai aux seigneurs de la cour, dont ‘Jehannet d’Estouteville l’aisne’ et ‘Jehannin d’Estouteville le jeune’2010.

Premier écuyer
Le 19 juin 1408, Charles VI fait don du coursier que lui doit tous les ans la ville de Florence, en raison de l’hommage qu’elle lui fait de la ville de Pise
2011, à son ‘ainsne fils Loys, duc de Guienne et dalphin de Viennois’. La monture est à délivrer à l’intéressé (âgé de 11 ans) ou, dit le roi, a son ‘ame et feal escuyer de corps Jehan d’Estouteville, premier escuyer de corps et maistre d’icellui nostre fils’. Dans un compte d’août, Jean est encore dit le maître d’écurie du Dauphin, sur une période allant du 6 décembre 1407 au 30 juin 14082012.

Le Mesnil-Simon
Le 3 mars 1409/10, ‘Jehan’ d'Estouteville le jeune, écuyer de corps du roi et premier écuyer du duc de Guyenne, constitue à Guillaume Sanguin, échanson de roi, une rente de 60 livres sur les revenus du Mesnil-Simon assis en la châtellenie de Bréval, sur Ménainville
2013 et Presles2014 tenus de la châtellenie de Rochefort[-en-Yvelines], ainsi que sur « la terre, justice & seigneurie de Biesal2015 assize au bailliage de Caux en Normandie, tenue en fief de monsieur d’Estouteville »2016, son frère Colard sans doute. La contrepartie n'est pas précisée mais il n’est guère douteux que les capitaux font encore défaut. Le Mesnil-Simon, muni de la justice moyenne et basse, situé dans l'actuel département de l'Eure-et-Loir, est frontalier des Yvelines et meut à l'époque de Bréval2017, 6 km au nord, que tient Simon du Mesnil-Simon2018. En 1413, des aveux et dénombrements sont rendus à Jeannot d’Estouteville (le fils de Jean ci-après) pour son fief en partage du Mesnil-Simon2019.

Décès
Selon l’obituaire des Cordeliers de Chartres, Michelle de Montdoucet, inhumée au milieu du chœur de l’église Saint-François (tombe disparue), serait décédée le 3 juin 1412
2020. Jean est en vie le 30 juin 1416, quand Marguerite de Bruyères nomme son ‘cousin Jehan d’Estouteville, seigneur de Villebon’, l’un de ses exécuteurs testamentaires2021, plus le 1er novembre suivant, lorsque ‘Jehannet’ testant déclare que tous ses frères sont morts sauf l’abbé de Fécamp2022.

Descendance
Charles I
er d’E.-Villebon ch. 43. SPC
Blanchet (Louis) d’E.-Villebon
ch. 44.
Jean
. SPC
Il reçoit un quart de la succession familiale
2023. Sous l'occupation anglaise, il est confisqué des terres franciliennes :

Guillaume Heron a eu lez terres que furent a Jehan de Touteville et a Symon de Menil Symon, chevalier, et a Pierre d’Orgesy, en balliage de Mante, a la charge d’un espe d’armes estre poie a Vernon a la St. Jehan2024.

Une fille.
Née vers 1395-1400, son oncle Guillaume d’Estouteville, l’évêque de Lisieux, la dote par testament en 1414 :

Mon frère Jean d'Estouteville a une fille qui est maintenant en âge de se marier ; à sa fille, ma nièce, dont la probité et le caractère sont hautement loués, je lègue mille livres tournois pour son mariage2025.

Un enfant.
Il naît à la fin de l’année 1409 : le jour de la Saint-Aignan, 17 novembre, l’évêque de Chartres autorise le transport d’un autel portatif à Villebon pour les relevailles de Michelle
2026.
2027

(T. 2 à paraître)


1997. Eugène de LÉPINOIS, Histoire de Chartres, t. 2, Chartres, 1858, p. 51, 53-54.
1998. Hector de SOUANCÉ, Notes sur Souancé et Montdoucet, 1080-1793, MSAEL-10, 1896, p. 328. Dans une liste d’écuyers du corps en 1388, le Borgne de Montdoucet est nommé après Jeannet, tandis que Jean est classé parmi les valets tranchants (Chronique dite de Juvénal des Ursins, édition augmentée de 1653, p. 719, 721).
1999. Bois et étangs à Saint-Denis-des-Puits, commune contiguë à Villebon.
2000. MGPC-3, p. 281, l. 3-30. Imp. CV, n° 1/1-8. Résumé après 1486 d'originaux disparus. Le Chêne-Doré, hameau de Saint-Denis-des-Puits. La terre de Villebon se nommait anciennement Fellarville et n'a pris son nom actuel que vers 1350 (Pierre de LA RAUDIÈRE, Le château de Villebon, dans les Cahiers percherons, n° 33, 1972, p. 20). — ‘Castellanie de la Gastine et Villebon’ en 1557. CV, n° 36.
2001. MGPC-3, p. 290, l. 27-28, 32-33. Imp. CV, n° 2/9-10. Nogent-le-Rotrou, sous-préfecture de l’Eure-et-Loir.
[...]
2005. C’est Jeannet, pas Jean, qui reçoit 1000 francs-or du roi par lettres de Saint-Germain-en-Laye le 28 août 1390 : ‘Considerans les bons et agreables seruices que nostre ame et feal conseillier Jehannet Destouteuille nous fait chascun iour et esperons qu’il face ou temps auenir, et aussi pour li aidier a auoir une maison pres de Paris’. Car, dit Charles VI, ‘nous voulons que la gregneur partie du temps il soit pour noz besongnes a Paris ou enuiron, ou deuers nous ou nous serons, affin que plus prestement le puissions auoir pour noz affaires’. ‘Jehanet’ délivre un reçu scellé et signé de cette somme le 1
er septembre suivant, en répétant les termes de l’attribution. BnF, ms fr 27566 (Pièces originales 1082), n° 84 et 92. Distant de près de 120 km de Paris et autant de Saint-Germain-en-Laye, on ne peut pas dire que Villebon soit idéalement situé pour répondre aux convocations urgentes du souverain adressées à l’un de ses émissaires favoris... À cette époque, sans chevaux de relais, un messager ne parviendrait pas à sa destination en moins de trois jours, et au mieux en un jour avec relais, sans compter le temps de réaction et de déplacement du destinataire. Contrairement à ce que croit Pierre de la Raudière, ancien propriétaire du château, Villebon n’est pas la maison près de Paris que se donne la peine de financer le roi pour son service preste et immédiat.
2006. Henri MORANVILLÉ (éd.), Extraits de journaux du Trésor (1345-1419), BEC-49, p. 395, n° 383. ‘Johannes d’Estouteville, valetus scindens domini Regis’ ; ‘pro perficiendo domum suam de Villebon, in qua idem dominus Rex fuerat hospitatus’.
2007. LA RAUDIÈRE, op. cit., p. 3.
2008. ORF-8, p. 416-417. Avec quatre autres conseillers. ‘Jehan’ d’Estouteville. Il est conseiller aux Comptes dès 1395 (BEC-49, p. 401, n° 410 ; p. 411, n° 461 ; BEC-71, p. 567n ; ORF-8, p. 22, 99, etc.).
2009. Ernest PETIT, Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur, ducs de Bourgogne (1363-1419), Paris, 1888, p. 329. Bonneval (Eure-et-Loir, a. et c. Châteaudun) est situé à plus de 30 km au sud de Villebon. Le duc gîtait à Chartres la nuit précédente.
2010. Louis DOUËT d'ARCQ (éd.), Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, t. 1, Paris, 1863, p. 165.
2011. Italie, Toscane.
2012. Léopold PANNIER (éd.), Les joyaux du duc de Guyenne, dans la Revue archéologique, t. 27, Paris, 1874, p. 36, n° 13-14. Louis de Guyenne est le troisième fils, mort en 1415, de Charles VI. Charles VII qui lui succède est son cinquième fils.
2013. Hameau d’Ablis, Yvelines, a. et c. Rambouillet.
2014. Ferme à Prunay-en-Yvelines, jouxtant Ménainville à l’ouest. Les deux terres vont se transmettre à ses descendants, avec Boiteaux (ch. 44-45), aussi contiguë à Ménainville.
2015. Biesal ou Bersal non identifié. Apparemment son apanage ou une partie.
2016. MGPC-3, p. 292, l. 23-36. Imp. CV, n° 2/25. Guillaume Sanguin est un riche bourgeois anobli qui possède de nombreuses rentes sur des maisons de Paris. Il est le prévôt des marchands durant le siège de la capitale en 1429 et l’assaut mené par Jeanne d’Arc (Antoine LE ROUX de LINCY, Lazare TISSERAND, Paris et ses historiens aux XIV
ème et XVème siècles, Paris, 1867, p. 340-347).
2017. Yvelines, a. Mantes-la-Jolie, c. Bonnières-sur-Seine.
2018. AD78, E 2356 à E 2362.
2019. Ibid., E 2361.
2020. Auguste MOLINIER (éd.), Auguste LONGNON (dir.), Obituaires de la province de Sens, t. 2, 1906, p. 325 F. Plusieurs dates de ce nécrologe sont fausses (CV, p. 7n). Blanchet notamment est inscrit à trois dates différentes (p. 315 F H, 337 D). Les obituaires étaient régulièrement réécrits pour tenir compte des ajouts et certaines mentions complétées. Les éditeurs datent le manuscrit entre 1467 et 1473, et précisent que ‘de la fin du XV
ème au début du XVIIIème, on y a ajouté beaucoup de mentions que nous avons jugées assez intéressantes pour être imprimées’. La version imprimée toutefois ne marque pas la différence entre le texte original et les ajouts.
2021. BnF, Fonds Moreau, ms 1162, f° 366r. Imp. Alexandre TUETEY (éd.), Testaments enregistrés au parlement de Paris sous le règne de Charles VI, Paris, 1880, p. 344.
2022. Moreau, ibid., f° 190v.
2023. Selon les dires de Charles II d’E.-Villebon, repris dans des lettres royales du 27 novembre 1479, son grand-père avait à sa mort trois fils : Charles (I
er), « son filz aisne », héritier de la moitié de la succession, Blanchet et Jean, qui reçurent chacun un quart. MGPC-3, p. 290, l. 45-47. Imp. CV, n° 2/12 (1).
2024. RDC-B, p. 7. Période 1418-1420.
2025. Moreau, ibid., f° 85v. Id. AD76, J 1087, cf. parlement de Paris, registre A, f° 417. ‘Johannes de Estoutevilla frater meus germanus habet unam filiam de presenti in etate nubili existentem, eidem filie nepti mee, probitate et moribus multipliciter commendate, pro maritagio suo lego mille librarum turonensium.’ L’évêque ne précise pas le prénom de la jeune fille. Gabriel de la Morandière, dans sa traduction résumée du document, introduit curieusement le prénom Isabelle dans le texte, ainsi que la seigneurie de la Gâtine dont il titre Charles (HMEN, p. 239-240), bien qu’elle n’apparaisse pas non plus. Guillaume prend en charge la dot de sa nièce : un élément de preuve de plus, s’il en fallait encore, que Jean, contrairement à Jeannet, n’est pas particulièrement riche.
2026. MGPC-1, f° 1v, l. 50-51. Imp. MSAEL-1, p. 259, n° III. « Altare portatile pro domicella Michelata de Montdoucet, uxore Johannis d'Estouteville, & quod possit ad purificationem admitti in domo sua de Villebon. » Le château n’a donc pas encore de chapelle.
2027. Le père Anselme ne donne pas de sœur à Charles et Blanchet et ne connaît pas Jean, mais, copié par Gabriel de la Morandière, ajoute à la fratrie un aîné et un benjamin : ‘1. Colart d’Estouteville, seigneur du Mesnil-Simon, de Villebon, &c. mort sans enfans d'Adrienne d’Ailly sa femme, fille de Louis d’Ailly, seigneur de Varennes’, et ‘4. Hector d’Estouteville, seigneur de Beaumont, se trouva à la levée du siege de Dieppe, où il fut fait chevalier en 1443, & ne laissa point d’enfans de Jeanne de Haversquerque sa femme, à laquelle l’évêque de Lisieux son oncle fit quelques legs par son testament de l’an 1414’ (HGF-8, p. 100). Charles (I
er) est attesté le tenant de Villebon et de Montdoucet dès le 21 juin 1417 (ch. 43). Dans son testament de 1414, Guillaume, évêque de Lisieux, lègue des chevaux à ses frères ‘Johanni seniori’ et ‘Johanni juniori’, Jean l’aîné et Jean le jeune, et enchaîne directement par un don similaire à ‘Karolo ejus filio’, Charles (Ier) son fils : pas de Colard s’intercalant ni ensuite (Moreau, op. cit., f° 86r). Charles II d’E.-Villebon, fils de Blanchet, ne connaît pas non plus Colard (note 2023). Par un contrat passé devant notaires le 17 janvier 1410/11 et enregistré à la prévôté de Paris, Pierre Beleteau, écuyer d'écurie du roi, cède des intérêts terriens à « Jehan d'Estouteville, escuyer d'escurie du roy & premyer escuyer du corps de monsr le duc de Guyenne, Charles d'Estouteville, escuyer, son fils aisne » (MGPC-3, p. 292, l. 40-41 ; imp. CV, n° 2/26 ; sont aussi nommés Colard d’Estouteville, chevalier, conseiller et chambellan du roi, et « Jehannet d’Estouteville, escuyer, conseiller dudict seigneur », dits les frères de Jean). Gilles de la Roque conçoit apparemment quelques doutes concernant l’alliance d’Ailly : selon lui, Adrienne d’Ailly est mariée à ‘Iean-Colard d’Estouteuille seigneur de Villebon et de Montdoucet’ (HGMH-1, p. 608). Adrienne fille de Louis d’Ailly est en fait, un siècle et demi plus tard, l’épouse de Jean de Laubier, qui s’engage par contrat en 1556 auprès de son grand-oncle Jean II d’E.-Villebon sans enfants à porter les nom et armes d’Estouteville (on se souvient que Jean II est devenu l’aîné dynastique en 1555 ; ch. 27). Par cet accord, Jean II cède de son vivant la nue-propriété de Villebon, etc. à Laubier, qui dès lors se nomme lui-même Jean de Touteville et se dit seigneur de Villebon, mais meurt avant le donateur, d’où un imbroglio successoral et une belle confusion généalogique (ch. 45-46). Colard a le parfait profil du personnage imaginaire, mixe incertain d’éléments épars recombinés tel qu’en est parsemée la généalogie d’Anselme. Quant à Hector seigneur de Beaumont, les auteurs anciens, comme vu au fil de ces pages, ont des réticences concernant le singulier prénom Estout — tiré de la littérature chevaleresque (t. 1, note 2), il ne figure pas au calendrier des saints —, qui s’ajoutent aux re-traductions du latin, et l’adaptent régulièrement : Estienne, Astolphe, Hector, Estold... Les trois Estouteville présents au siège de Dieppe sont les frères de Torcy à la génération suivante (voir ch. 33) : Jean II, l’aîné, Robert, tenant de Beynes, et Estout, tenant de Beaumont, une seigneurie que d’ailleurs Anselme, nullement embarrassé par l’ubiquité généalogique, attribue aussi à ce dernier (HGF-8, p. 98). Estout sire de Beaumont est marié à Bonne d’Herbaumez, veuve de Jean d’Uutkerque (ch. 32b). Enfin, le dit évêque de Lisieux n’est pas l’oncle de la sibylline Jeanne d’Haversquerque, mais d’une fille de Jean et de Michelle, qu’il désigne dans son testament (ci-avant), sans nommer aucune Jeanne ni autre nièce. Faut-il encore dire que les assertions du père Anselme et de ses naïfs ou peu regardants copistes sont distordues ?

 
 

Château de Villebon

Façade d'entrée à l'est.

Château de Villebon

Porte fortifiée du XIV
ème siècle et ses tours en saillie.
L'appareillage en damier et les fenêtres sont du XVI
ème. Les lions de pierre de la
passerelle présentent les
blasons de Jean II et de Denise de la Barre.

 

Château de Villebon

Le pont-levis au début du XX
ème siècle. Carte postale.

 

Château de Villebon

Voûte à caissons du XVI
ème siècle de la porte.

 

Château de Villebon

Tour du XV
ème siècle dans la cour intérieure, construite après l'incendie de 1462.

 

Château de Villebon

Tour hors d'angle au nord-ouest.

 

Château de Villebon

Mâchicoulis de l'aile sud.