Château d'Auzebosc (XVème et XVIIIème s.)

 

Château d'Auzebosc

La façade ouest de l'aile subsistante en 1857.
Dessin aquarellé original (signé A. S.). Collection de l'auteur.
Auzebosc passe des Talbot aux Estouteville au milieu du XIII
ème siècle.

 

Colard Ier d'E.-Auzebosc. SPC
Écuyer mineur en 1311, il est témoin du contrat de mariage de Jeanne en lieu de l'héritier de Robert V, lui-même mineur (ci-avant). Puis « Colard d'Estouteuille sire d'Aussebosc », est signalé comme bachelier
866, accompagné d'un « autre cheualier et quatre escuyers receus à Chartres le 10. may 1325 pour servir le roy »867, Charles IV le Bel, suite à la saisie de la Guyenne anglaise. Il est apanagé d'Auzebosc868, le fief de cadet par excellence, relevant du roi mais rattaché à Cleuville par parage : quelques décennies plus tard, Auzebosc échoit à un autre Colard (t. 2, ch. 40), frère cadet de Robert VII, puis, au siècle suivant, Jean II le donne à son fils aîné Louis (t. 2, ch. 25) qui, devenu le seigneur de Valmont, en apanage son frère cadet Robert (t. 2, ch. 41). En 1337, la terre semble retournée au chef de lignage : le patronat de la chapelle d’Auzebosc est aux « héritiers d'Estouteville »869.

(T. 1, p. 200-201)


866. Bachelier, bas-chevalier : en général, jeune chevalier.
867. HGMH-1, p. 1013. Chambre des comptes de Paris.
868. Seine-Maritime, a. Rouen, c. Yvetot.
869. PPR, p. 26-27. La formulation s'explique peut-être par la succession rapide de trois chefs de famille en deux ans (ch. 10-11).

 
 
(Colard II)
Quand il meurt à Rouen en juillet 13991904, son fils héritier Colard étant mineur, ses biens passent dans la garde royale, mais Jean II d’E.-Valmont revendique cette garde au titre que le fief d’Auzebosc est tenu de lui par parage :

Jehan d’Estouteuille, sire de Valemont, de Hotot et des Loges, dist ledit exposant tenir de lui par parage et second degre, et le contraingne de lui faire telle recongnoissance comme paragier doit faire a son ainsne selon la coustume du pais de Normendie, parce que quant le sire d’Estouteuille derrain trespasse1905, pere dudit Jehan a present seigneur, quant il bailla audit feu sire d’Ausebost son puisne frere pour part et porcion de leurs heritages, qui sont les heritages venus et eschus audit exposant, il les lui bailla de lui en parage [se poursuivant selon la dite coutume] jusques au vie degre1906.

Le débat de tenure entre le procureur de roi et le sire de Valmont se prolonge en février 1399/1400, et les 300 livres du bail de la garde sont placées sous séquestre en attendant sa conclusion1907.


Descendance

Le père Anselme ne sait pas que Colard II meurt en 1399 et l’amalgame avec son fils Colard III, puis fait de Robert d’E.-Auzebosc (ch. 41), fils cadet de Jean II d’E.-Valmont, le fils aîné et héritier de ce Colard-fusion. Concernant la liste des enfants et la répartition entre les deux conjointes telles qu’il les livre, en partie suivi par Gabriel de la Morandière, elles restent trop insuffisamment référencées pour pouvoir être prises à la lettre, d’autant que Gilles de la Roque rebat les cartes en les distribuant différemment
1908. Les généalogies manuscrites dont Anselme et La Roque s’inspirent, recopiées depuis suivant le principe de la chambre d'écho, seulement validées par la résonnance, semblent pourtant peu fiables puisque aucun des deux auteurs ne connaît Colard III, le seul enfant, à ma connaissance, dont l’ascendance est prouvée par les documents.
Colard III d’E.-Auzebosc.
Né à
Pont-de-l’Arche en octobre 1381, mis hors de garde en avril 1402/31909, Colard est marié à Jeanne de Trie, dotée de Coudray1910, seigneurie engagée en 1409 à Henri Dubosc, bourgeois de Rouen, jusqu’à paiement intégral des 260 livres que Colard lui doit pour achat de drap1911... En 1406, la chapelle d’Auzebosc est aux mains de Maître Robert d’Estouteville, chanoine de Rouen (son cousin, branche de Torcy ; ch. 30), qui baille pour trois ans à un paysan les terres attenantes contre une redevance annuelle de 17 livres1912. Seigneur surendetté, Colard engage encore, en 1409, Saint-Jouin auprès de Guy Malet de Graville, avec délai de trois ans pour le rembourser, se ravise la même année et lui cède le fief pour 1500 livres. En 1410, il vend 10 livres de rente à prendre sur ses biens, et 30 livres en 14111913. En 1414, c’est une rente de 20 livres que « Madame Jeanne de Trie1914, veuve de Colard d’Estouteville, écuyer, seigneur d’Auzebosc », est contrainte de céder à Robert Lavache1915. Enfin, amère conclusion d’une déroute financière, le 28 mai 1419 la rente de 300 livres sur Auzebosc et Lammerville, que la dame d’Auzebosc avait pour son douaire, est attribuée par l’occupant anglais à Gilbert d’Umfraville1916, déjà nanti des principaux fiefs haut-normands de la famille dont Valmont. Faute de descendance légitime, le plein haubert d’Auzebosc a précédemment fait retour à Jean II, qui a racheté des titres de dettes engageant les terres et exercé son droit de retrait féodal sur Saint-Jouin (ch. 24).
Le Bâtard d’Auzebosc ? SPC
‘Guillaume de Bellez bastard d’Ozeboc’
, écuyer, lieutenant de treize autres écuyers, est nommé dans une revue d’Olivier de Mauny à la Flèche
1917 le 21 avril 14191918. Bellet ou Bellay est peut-être le nom d’un fief marital. Il accompagne son apparent cousin Louis d’E.-Valmont au Mont-Saint-Michel : le bailli anglais de Coutances1919 John Asheton, dans une lettre au roi du 15 juin 1421, nomme ‘ye bastarde of Osbuk’ parmi les principaux défenseurs1920. On retrouve le dit Bâtard en bonne place dans les listes traditionnelles.

(T. 2 à paraître)


1904. MCCN-3, p. 197.
1905. Robert VII, frère de Colard II.
1906. BnF, ms fr 27566 (Pièces originales 1082), n° 115. Octobre 1399.
1907. MCCN-4, p. 109 ; MCCN-5, p. 205.
1908. HGF-8, p. 93. HMEN, p. 191-192, 212, 335-337. HGMH-1, p. 556-557, 1012.
1909. MCCN-4, p. 120 ; MCCN-3, p. 197. Les 1
er et 7 avril, mandements aux vicomtes de Montivilliers, Orbec et Arques de mettre hors la garde du roi Colart d’Estouteville, écuyer, seigneur d’Auzebosc, Lammerville et Saint-Jouin, comme suffisamment âgé. La coutume de Normandie fixe l’âge de sortie de la garde royale à 21 ans (note 217).
1910. Eure, a. les Andelys, c. Gisors.
1911. ECHN, p. 129. Tabellionage de Rouen. Après la mort sans enfants de Jeanne, son frère Jacques de Trie hérite de Coudray.
1912. Ibid., p. 183.
1913. HMEN, p. 226-227. ‘Archives de Valmont’.
1914. Dans sa généalogie de la famille de Trie, le père Anselme la dit veuve de Jean de Nesle mort à Nicopolis en 1396, fille de Matthieu de Trie, seigneur de Sérifontaine, et de ‘Gisle’ ou Jeanne de la Roche-Guyon, remariée à Colard d’Estouteville en 1401. HGF-6, p. 53, 674. Curieusement, il n’inclut pas ce Colard et sa femme à sa généalogie des Estouteville. Je ne trouve pas une bonne généalogie de la famille de Trie.
1915. ECHN, p. 168n.
1916. RNF, n° 593. Id. MCCN-1, p. 200-201.
1917. Sous-préfecture de la Sarthe.
1918. BnF, ms fr 32510, f° 359r. Olivier de Mauny est le lieutenant de Jean d’Harcourt, comte d’Aumale, capitaine du Mont-Saint-Michel en 1420.
1919. Sous-préfecture de la Manche.
1920. RNF, n° 1376.

 
 
(Robert)

Par un contrat du 21 juillet 1437 passé au Mont-Saint-Michel, Louis d’Estouteville donne à son frère puîné Robert, chevalier et seigneur de Lammerville, ‘en faueur de mariage espere faire’ avec Marie de Sainte-Beuve, Auzebosc avec tous les droits et dépendances telles que les possédait feu Colard d’Estouteville1933. C’est-à-dire le plein haubert tenu par parage de Cleuville, s’étendant à Valliquerville en partie, Touffreville-la-Corbeline et Saint-Clair-sur-les-Monts voisins, plus quelques portions (ch. 40 et ci-après). Il n’a pas Saint-Jouin[-Bruneval] en revanche, que Louis conserve. L’attribution est au reste revendicative car ces terres sont sous contrôle anglais.

[...]

Le 15 mai 1454, Robert est nommé, avec son cousin Jean II d’E.-Torcy, comme une caution acceptable parmi celles exigées par John Talbot dans un accord pour le paiement de la rançon d’Olivier de Coëtivy1948. La Normandie libérée, c’est vraisemblablement vers cette époque qu’il fait reconstruire le château d’Auzebosc dans la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, malencontreusement mutilée au XVIIIème siècle. Sont conservées une tour circulaire du XVème siècle à voûte d’ogive, ainsi qu’une aile flanquée des bases sur contreforts de tourelles en encorbellement disparues, vestiges qui n’ont plus été modifiés de façon significative au moins depuis 18571949.

(T. 2 à paraître)


1933. HGMH-4, additions, f° 17v. Id. HMEN, p. 337-338, ‘archives de Valmont’.
[...]
1948. Paul MARCHEGAY, La rançon d'Olivier de Coëtivy..., BEC-38, 1877, p. 12. Le ‘sgr Dozebocq’.
1949. Trois dessins originaux datés des 22 et 23 août. Collection de l'auteur.

 
 

Château d'Auzebosc

La façade ouest, flanquée de tourelles en encorbellement tronquées
sur contreforts et percée de fenêtres, donnant sur la cour de ferme. 2019.
Le château du XV
ème siècle est remanié au XVIIIème.

 

Château d'Auzebosc

La porte en 1857.
Dessin original à la mine de plomb, avec réhauts de gouache blanche (signé A. S.). Collection de l'auteur.

 

Château d'Auzebosc

Le château est reconstruit après la guerre de Cent Ans, vraisemblablement par
Robert d'E.-Auzebosc († 1477).

 

 

Château d'Auzebosc

Côté est, la tour circulaire du XV
ème siècle. 2015.

 

Château d'Auzebosc

Corbeaux, passage vers une aile disparue et porte extérieure.

 

Château d'Auzebosc

La porte de bois à panneaux sculptés de la tour en 1857.
Dessin original à la mine de plomb (signé A. S.). Collection de l'auteur.
Raoul Aubé témoigne que ce vantail, aujourd'hui disparu, était encore en place en 1901.
Il écrit, hélas sans préciser sa source, apparemment locale, qu'il provenait de
l'ancienne chapelle de la Barre-y-va près de Caudebec.

 

Château d'Auzebosc

La porte en 2015.

 

Château d'Auzebosc

Voûte d'ogive de la tour.