Bataille d'Hastings (1066)

 

Bataille d'Hastings (1066)

Scène 53 : ici tombèrent ensemble au combat
'Angli et Franci'...
Tapisserie de Bayeux en ligne.

 

Stoutevile, s’il s’agit du même, est encore nommé par Wace parmi les chevaliers normands présents à la bataille d'Hastings, le 14 octobre 1066, qui voit la défaite des Anglo-Saxons face aux Normands du duc Guillaume et la mort de leur dernier roi, Harold.

Li chanberlenc de Tancharvile41,
e li sire de Stotevile,
e Wiestace d'Abevile […]
tuit cil furent en la bataille
42.

Plusieurs autres sources, plus ou moins fiables, mentionnent la présence d'un Estouteville à Hastings : une table gravée de l'abbaye de Battle ; la liste d'André Duchesne, tirée d'une charte de cette abbaye ; la chronique de John Brompton, compilant des documents anciens réputés authentiques ; une des deux listes de John Leland dans l'Antiquarii, recueil du XVIème siècle d’archives provenant de monastères fermés par Henri VIII43... Heureusement, il n’est nul besoin de preuve pour supposer qu’un chevalier, écuyer ou homme d’armes normand de cette époque a débarqué à l’automne 1066 sur les côtes du Sussex, même s’il n’est inscrit sur aucune liste, surtout, pourrait-on dire, s’il n’est inscrit sur aucune liste... Signalons encore qu'aucune de ces énumérations, pour incertaines qu’elles soient, pas plus que Wace, ne mentionne le prénom du chevalier, toujours désigné par son seul patronyme.

Domesday Book
Un patronyme qui n'apparaît pas en 1086 dans le Domesday Book, Livre du Jugement dernier, registre cadastral établi suite à la redistribution des fiefs
44. C'est donc que le chevalier supposément présent à Hastings ne reçoit pas de terres en récompense de ses services. Il a pu rester en Normandie, à l’instar de Roger de Montgommery, pour protéger le duché en l’absence du duc et de son armée, mais dans ce cas il aurait sans doute, comme Montgommery45, reçu une attribution, même minime, en Angleterre. L'explication la plus vraisemblable est donc, comme toujours, la plus simple : Estouteville sera mort durant la bataille ou peu de temps après. La scène 53 de la tapisserie de Bayeux nous rappelle que des Normands aussi sont tombés à Hastings. Et Guillaume n'inféode pas ses chevaliers de terres anglaises par pure reconnaissance : il a besoin de relais efficaces pour établir sa mainmise sur le pays et garantir son pouvoir, dès l'origine très contesté par les Anglo-Saxons. Si l'héritier d’Estouteville est un enfant, il ne peut évidemment pas être un relais de pouvoir.

(P. 22-24)


41. Le poète recherche la rime, plaçant les terminaisons en vile entre celles en ou et en in. Rien ne prouve donc que le sire d’Estouteville soit en relation avec le chambrier héréditaire de Normandie à cette époque, mais il le sera bel et bien un siècle et demi plus tard : selon les Registres de Philippe Auguste, vers 1210, le chambellan de Tancarville tient un fief entier relevant d’Étoutteville (note 144). En novembre 1200, Guillaume d’E.-Cottingham et Raoul de Tancarville figurent consécutivement sur la liste donnée par Roger de Hoveden des témoins de l’hommage rendu par le roi d’Écosse à Jean sans Terre (note 1214).
42. WACE, ibid., p. 199.
43. Éric LEPICARD, À propos des compagnons de Guillaume, dans la Revue généalogique normande, hors-série, Rouen, 1988, p. 5-73. Ces listes et d’autres font toujours l’objet d’abondants commentaires, condamnés, excepté concernant les grands barons, à une absence de conclusion véritable.
44. Raison pour laquelle il ne figure pas sur la liste de Dives-sur-Mer établie par Léopold Delisle.
45. Inscription dans le registre n’implique pas nécessairement présence à Hastings vingt ans plus tôt. Montgommery, débarqué fin 1067, un des plus gros tenants du Domesday Book, en est la meilleure preuve.