Elle fait insérer dans le livre dheures de ses parents quatre folios2377, quasiment identiques, représentant ses deux blasons successifs. Au recto, en losange une forme propre aux femmes , un écartelé entouré des chiffres entrelacés G et I, pour Gillette et Jacques : au 1, les armes ducales dEstouteville, burelé dargent et de gueules, au lion de sable armé, lampassé et couronné dor (il manque toutefois une burèle sur les dix, et la couronne a pu été ajoutée ultérieurement car le duché nest créé quen 1534 ; ch. 29) ; au 2, fascé dor et de sable de 6 pièces, pour Coëtivy ; au 3, de Blainville, de lécartelé de la branche de Torcy depuis Colard (ch. 31) ; au 4, de France à la cotice dargent2378. Un vitrail de léglise Saint-Germain disparue de Blainville montrait un emblème similaire2379. Au verso des quatre folios, le second blason présente un parti de Luxembourg entouré des initiales G et A, Gillette sétant remariée en 1510 avec le comte de Brienne Antoine de Luxembourg2380 ( 1516). Portrait On retrouve ces deux mêmes blasons ornant un portrait de Gillette sur une miniature qui fut présentée lors dune exposition à la Bibliothèque nationale, au printemps 1907. Max Prinet en publie une reproduction, en noir et blanc et dassez mauvaise qualité, mais précise les détails et la coloration dans sa description : Une jeune femme en prière, agenouillée sur un coussin vert devant un pupitre garni dun tapis bleu et chargé dun livre. Elle est vêtue dune robe détoffe brochée, couleur dor, à revers dhermine ; sa tête est prise dans une coiffe noire qui laisse paraître sur le front une chevelure rousse. Sur le bas de sa robe est couché un petit chien blanc. Derrière elle, se tiennent saint Gilles vêtu dun costume monacal noir, avec ses attributs : la biche et la flèche et saint Antoine vêtu dune robe brune et dun manteau noir ; le chapelet et le bâton à la main, le cochon auprès de lui. À gauche, deux tours ; au fond, par-dessus une muraille à hauteur dappui, décorée de pilastres et de plaques de marbre, se voit un paysage vallonné, parsemé de constructions. Le tout est enfermé dans un encadrement architectural dor.
Le feuillet de parchemin de 28 sur 20,5 cm avait été détaché dun manuscrit. Les écus en losange, celui de la seconde union couronné, sont suspendus sous lencadrement. Ce portrait appartenait à la Collection privée Eugène Rodrigues2381, qui fut dispersée après la mort de son propriétaire en 1928. Décès Jacques décède le 4 septembre 15092382. Jacques de Coligny lui succède dans sa charge de prévôt de Paris, qui sort ainsi, après 63 ans, de la famille. Le gendre du sire de Beynes, Gabriel dAlègre, la recouvrera néanmoins quelques années plus tard, bientôt suivi dun autre Estouteville, Jean II de Villebon (ch. 46). Gillette est en vie et dame douairière de Beynes en 1518, plus en 15222383. Descendance Suite au décès de Jacques, Gillette de Coëtivy perçoit ses gages de prévôt de lannée 1509 « tant en son nom, que comme ayant la garde de Charlotte & Marie dEstouteville ses filles »2384 mineures. Charlotte dE.-Beynes. Héritière de Beynes2385, Ivry2386... Sa mère la marie par contrat du 24 juillet 1510 à Charles de Luxembourg2387, comte de Roucy puis de Brienne ( 1530), fils dAntoine, le second mari de Gillette, et de Françoise de Croÿ. Elle a neuf enfants, dont Jean, premier abbé commendataire dIvry (1525-1548)2388. Beynes est vendu. Henri II loffre à sa maîtresse Diane de Poitiers. Marie dE.-Blainville. Encore mineure en 15132389, mariée par contrat du 26 avril 1513/4 à Gabriel dAlègre ( c. 1539)2390, prévôt de Paris2391, puis à Jean de Fages, elle hérite de Blainville, Oissery, Saint-André, Marcilly2392, Tremblay... La mairie de Nangis conserve son portrait2393. Elle a plusieurs fils, décède avant 15432394. Après les dAlègre, Blainville passe aux Colbert-Seignelay, qui font ériger la seigneurie en marquisat. La forteresse médiévale est rasée au XVIIIème siècle, ses fossés comblés, et remplacée par un château dagrément en briques construit sur les fondations arasées... lui-même rasé à la Révolution ! Gillette ? Gabriel de la Morandière ajoute Gillette, inconnue à tous et probablement morte jeune2395. Gabrielle ? Le 15 juillet 1557, Antoinette de Boulehart a hérité de son frère Jacques et de ses parents François de Boulehart et Gabrielle dEstouteville les terres et seigneuries de Marmousse, Chaillois et Haut Garnay2396, relevant de Dreux2397. François de Boulehart était le capitaine du château de Beynes en 1532 et fut inhumé avec Gabrielle en léglise paroissiale de Garnay2398.
(T. 2 à paraître)  2377. Paul DURRIEU, Notes sur quelques manuscrits français ou dorigine française conservés dans des bibliothèques dAllemagne, BEC-53, 1892, p. 120-121. 2378. Bibliothèque nationale dAutriche, codex 1929, f° 14, 50, 60, 152. Par convention, dans un parti de femme mariée, les armes de la dame sont disposées à dextre, celles de lépoux à senestre. 2379. BnF, ms fr 27568 (Pièces originales 1084), n° 381. Crayonnés attribuables à Louis Boudan (c. 1696) avec mention des couleurs et métaux. Selon Le Féron, le blason de Jacques est lui-même un écartelé : au 1, Estouteville au lion colleté dépourvu de couronne ; au 2, lécartelé Coëtivy-France avec cotice ; au 3, Blainville ; au 4, Ivry : dor à 3 chevrons de gueules. 2380. Ibid., n° 283. Le contrat est passé à Paris le 17 avril devant les Pichon, notaires au Châtelet. Max PRINET, Portrait dune comtesse de Brienne (Miniature du commencement du XVIème siècle), dans le Bibliographe moderne, 11ème année, n° 6, novembre-décembre 1907, tiré à part, p. 8n, cf. Archives du château de Brienne. 2381. Ibid., p. 1-2 et planche. Sa description du second blason : au 1er, de gueules à quatre fasces dargent et au lion de sable, armé et lampassé dor, brochant sur le tout ; au 2e, fascé de sable et dor ; au 3e, dazur à la croix dor cantonnée de vingt croisettes recroisetées de même ; au 4e, dazur à trois fleurs de lis dor, et au bâton dargent, posé en bande brochant sur le tout. Il semble confirmé que le lion nest pas couronné. 2382. AVP-3, p. 550. 2383. AD78, E 4315. Elle a aussi Oissery (CAFP-7, n° 26240). 2384. AVP-3, p. 550. 2385. AD78, E 4315. 1522 et 1532. 2386. Baronne dIvry en 1542. MCCN-7, p. 376. 2387. À nouveau devant les notaires Pichon. PRINET, ibid., id.. 2388. GC-11, c. 654. 2389. Note 2395. 2390. Pierre de VAISSIÈRE, Une famille : les dAlègre, Paris, 1914, p. 15. 2391. DURAND, op. cit., p. 188-190. 2392. Ses titres dans la vente de la seigneurie de Villesard à labbé de Bonneval le 17 décembre 1526. Abbé BOUARD, Notes dunoises, dans les Bulletins de la Société dunoise archéologie, histoire, sciences et arts, t. 15, Châteaudun, 1931, n° XII. 2393. Base Palissy. Théophile LHUILLIER, Lancien château de Nangis et les restes de sa galerie de portraits, dans la Réunion des sociétés des beaux-arts des départements, t. 17, Paris, 1893. Peinture sur toile anonyme, 1,26 m x 0,68. Jeune dame en robe rouge, à manches ouvertes au-dessous de lépaule pour laisser passer des manches blanches, étroites et fermées au poignet ; petite collerette relevée, collier de diamants, diadème de perles dans les cheveux. Cette dame est assise, tournée à droite et vue de trois quarts ; le coude est appuyé sur une petite table carrée recouverte dun tapis grisâtre. Fond de paysage. Sur le tapis pendant, vers langle inférieur gauche de la toile, on lit cette inscription : « Marie dEstouteville, vicomtesse de Tramblay, dame dOisery, St Pattus, St André et Marcilly, fille de Jacques dEstouteville, sire de Blainville et de Baine, baron dIvry, et de Gillette de Coitivyx, [fille] dOlivier de [Coitivyx], comte de Taillebourg, et de Marie de Valois, sur du roi Charles IX (sic). [Elle] épousa le 26 avril 1513 Gabriel, marquis dAlègre, sire de Meill... de St Juste, Chemlis, etc. » 2394. VAISSIÈRE, ibid., p. 15, 23. 2395. HMEN, p. 557, selon un arrêt de léchiquier de Normandie du 10 janvier 1513/4 relatif à un procès contre les cousins de Châteauvillain (ch. 47), dans lequel Antoine de Luxembourg et Gillette de Coëtivy sont dits avoir la garde de Marye Destouteville et de la dicte Gillette Destouteville fille puisnee dudict desfunt Jacques Destouteville (BnF, ms fr 31012 (Cabinet de dHozier 131), partie Estouteville, f° 8). Il sagit apparemment dune erreur dinterprétation, comme le croit Max Prinet, et le dicte interroge : Gillette dEstouteville nest pas nommée précédemment dans le document, à linverse de Gillette de Coëtivy. Il est de plus précisé que Charlotte, mariée à Charles de Luxembourg, est laînée. 2396. Lieu-dit Challoys et château de Marmousse à Garnay, Eure-et-Loir, a. Dreux, c. Dreux-Sud. À quelques kilomètres au nord de Tremblay-le-Vicomte. 2397. AN, P 8, n° 210. 2398. Mails de Philippe Couka et sa publication référencée sur le site de Charles Cawley, Medieval Lands. https://fmg.ac/Projects/MedLands/normacre.htm#_ftnref814 |