Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives

 

Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives

Tour Nord du XIII
ème siècle et tour Saint-Michel du XIème (flèche du XIIIème). 2022.
Robert II d'Estouteville prend part à un guet-apens contre le roi Henri Ier Beauclerc.

 

Le roi d'Angleterre Henri Ier Beauclerc ayant débarqué en Normandie dans l'intention de prendre le duché à son frère aîné Robert II Courteheuse, Robert le jeune, partisan du duc comme son père, participe en 1106 à un guet-apens contre Henri, ainsi que le rapporte Orderic Vital une trentaine d’années après les événements. L’abbé de Saint-Pierre-sur-Dives126 prétend qu’il veut livrer son monastère fortifié au roi, qui accepte de le suivre, accompagné de sept cents hommes : il n’est pas réellement dupe... Ils chevauchent la nuit durant.

À la levée du jour, Renaud de Varenne127 et Robert d’Estouteville le jeune, qui s'étaient retranchés dans la forteresse de Dives avec cent quarante hommes, accueillirent le roi qui s’approchait en lui criant quolibets et injures128. Beaucoup de chevaliers les avaient suivis de Falaise et des places environnantes, et encerclaient le roi et ses partisans. Henri, comprenant qu'il avait été trahi, ordonna avec colère de lancer l’attaque. Ses chevaliers engagèrent immédiatement un assaut vigoureux. Des projectiles enflammés furent lancés, qui incendièrent forteresse et monastère. Renaud et Robert, jeunes recrues de bonne foi129, et plusieurs de leurs compagnons furent capturés. Beaucoup d’autres, qui s’étaient réfugiés dans la tour de l’église, y furent brûlés vifs130.

Vital qualifie les comploteurs de ‘tirones’, recrues. Ils sont donc très jeunes : Robert a dû naître vers 1085. Henri, désirant faire pénitence pour l'incendie de l'abbaye, libère Robert et Renaud à la veille de la bataille de Tinchebray131, en septembre 1106.

(T. 1, p. 47-48)


126. Calvados, a. Lisieux, c. Livarot-Pays-d’Auge.
127. Second fils de Guillaume I
er de Varenne, comte de Surrey. Son frère Guillaume II est dans l’autre camp.
128. Peut-être par dépit de voir Henri si fortement accompagné et leur plan menacé d'échouer. Ou peut-être espèrent-ils destabiliser le roi et lui faire commettre une erreur fatale ? Vital, notoirement pro-Henri, comme presque tout le clergé, a pu embellir l'anecdote pour justifier l'incendie d'une abbaye par son champion.
129. ‘Rainaldus et Robertus probi tirones’. Probitas : droiture, intégrité. Vital les excuse en mettant en avant leur inexpérience. Après tout, le roi va leur pardonner...
130. Orderic VITAL, Marjorie CHIBNALL (éd.), The Ecclesiastical History of Orderic Vitalis, t. 6, Oxford, 1978, p. 80-82. ‘Rodbertus iuuenis de Stoteuilla’.
131. Ibid., p. 88.